* Compiègne : le château, édifié selon les plans de l’architecte Gabriel, n’est pas encore achevé en 1770 lorsque la cour y reçoit la jeune archiduchesse. Entourée de forêts, il servira régulièrement de résidence d’été à la cour.

Château de Fontainebleau en 1718 (Martin dit le Jeune)

   * Après le séjour à Compiègne, la cour passe l’automne à Fontainebleau, résidence préférée de la reine, qui lui rappelle sans doute le Schönbrunn de son enfance, les deux châteaux signifiant « belle fontaine ». Elle refait entièrement ses appartements, dont le boudoir, considéré comme un chef-d’œuvre de l’époque Louis XVI : trumeaux décorés d’arabesques pompéiennes sur fond d’or vert, encadrés d’une marge d’or fauve et ses quatre portes en pans coupés surmontés de groupes de stuc. Elle innove avec un « boudoir turc ». Le page Félix d’Hézecques raconte qu’il était meublé dans le goût oriental et éclairé par des lampes placées dans une garde-robe, séparée par une grande glace doublée d’un taffetas dont on changeait la couleur à volonté. »     

 

Château de La Muette au XVIIIe siècle

* La Muette est un petit château situé au bois de Boulogne, donné par le Régent au jeune Louis XV qui en a fait une retraite pour ses plaisirs. Il sera démoli au milieu du XIXe siècle. La reine y fait halte avant son mariage à Versailles, après l’entrevue de Compiègne. La cour s’y installe à la mort de Louis XV (mai 1774), après que la variole se soit déclarée chez Mesdames, qui ont tenu à rester au chevet de leur père. Occasion pour la jeune souveraine de se promener dans le bois de Boulogne, exceptionnellement ouvert au public. On nage dans l’idylle avec le peuple qui peut également apercevoir Louis XVI se promener parmi ses sujets, seul à pied sans gardes du corps. La reine vient à sa rencontre à cheval et les deux jeunes gens s’embrassent : « le peuple bat des mains. » Info ou intox ? Le lendemain, on peut lire dans les gazettes : « Louis XVI semble promettre à la nation le règne le plus doux et le plus fortuné. » Cependant, en cette même année 1774, le déficit est déjà de quarante-huit millions de livres. Louis et Marie-Antoinette n'y sont pour rien, pas encore...  

* Le bal de l’Opéra au Palais-Royal. La dauphine s’y rend pour la première fois lors du carnaval de 1773 (11 février) avec le dauphin et les Provence. Masqués et vêtus de longs dominos noirs, ils font une entrée discrète dans ce lieu où se mêlent toutes les classes de la société. Elle s’y rendra souvent, rentrant à Versailles à l’aube ou couchant dans un petit appartement des Tuileries s’il est décidément trop tard. Elle possède aussi un appartement dans ce qui est devenu aujourd’hui l’Hôtel de la Marine. Elle rencontre Fersen pour la première fois à l’Opéra le 30 janvier 1774. Son frère Joseph II, qui lui rend visite à Versailles en avril 1777 lui écrit une lettre de remontrances à propos de ces bals (et de bin d’autres choses, notamment le fait que sa sœur soit encore à peu près vierge) : ces folles nuits à l’opéra sont « de tous les plaisirs, assurément le moins convenable. Daignez penser un moment aux inconvénients que vous y avez rencontrés et aux aventures que vous m‘avez racontées vous-même là-dessus. Qu’y voulez-vous ? Être inconnue et jouer un personnage différent du vôtre ? Pourquoi donc des aventures, des polissonneries ? Pourquoi vous mêler parmi des tas de libertins, de filles, d’étrangers, d’entendre leurs propos en tenant d’autres qui leur ressemblent ? Quelle indécence ! Le roi abandonné toute une nuit à Versailles et vous confondue avec toute la canaille de Paris ! » (Cité par Evelyne Lever, C’était Marie-Antoinette).      

* Ses appartements à Versailles

Voir ici 

* En ce qui concerne Trianon, il est hors de question de garder le célèbre jardin botanique de Louis XV (admiré par toute l’Europe), fleuri de plantes exotiques, ananas, caféiers, aloès, géraniums, figuiers de Barbarie, orangers, jasmins pêchers nains, abricotiers et cerisiers. Il faut aussi faire disparaître les serres vitrées et chauffées où poussent plantes rares et fruits prématurés. Marie-Antoinette suit la mode et rêve d’un jardin anglo-chinois, comme celui du duc de Chartres dans son domaine des Mousseaux (l’actuel parc Monceau est un vestige de cet ancien domaine) ou du comte de Caraman rue Saint-Dominique. Richard Mique, successeur de Gabriel, est chargé des plans. Elle déteste la monotonie des allées et parterres du parc de Versailles conçu par Le Nôtre. Il lui faut des chemins contournés, des pièces d’eau, des cascades, des statues. Le Temple de l’Amour est construit au milieu d’une île plantée de rosiers, relié aux pelouses par deux ponts rustiques et le Belvédère, pavillon octogonal, érigé sur une colline, est gardé par quatre couples de sphinx en marbre. S’y ajoute une grotte dans un rocher ombragé de pins, de thuyas et de mélèzes : on y pénètre par une entrée basse auprès de laquelle coule une petite cascade. A l’intérieur, un profond divan de mousse. Une baie pratiquée dans le rocher permet de voir sans être vu et de s’enfuir par un étroit escalier donnant de l’autre côté du jardin. Parions que Fersen en est un habitué...

   Lorsqu’elle fait aménager un « cabinet des glaces mouvantes » (un ingénieux système permet de masquer les fenêtres par un système de miroirs), on jase. Turpitudes ou besoin d’intimité ?        

   A Trianon, elle est chez elle. Elle affiche des règlements portant la mention « Par ordre de la reine ». Si le palais et le parc de Versailles sont publics, à Trianon par contre, on ne peut accéder que sur son invitation spéciale. On jase encore.

   Mais voilà que pour parfaire l’illusion, il faut à la reine un village français. Elle décide donc la construction du Hameau, qu’elle confie à Mique. Surgissent de terre la tour de Marlborough (anglomanie), deux laiteries, une grande, un jeu de boules, un colombier, un poulailler, un moulin, une maison de gardien, une lingerie. A l’extrémité de la pièce d’eau s’élèvent deux pavillons reliés par une longue galerie en terrasse d’où partent deux escaliers. Les constructions, conçues comme des chaumières normandes aux colombages apparents, sont décorées de lézardes afin de faire plus authentique. On amène un bouc, des chèvres, des moutons, des vaches suisses, des coqs, des poules, des pigeons et des lapins. Un couple de paysans, les Valy, logés à la ferme, gèrent l’ensemble de l’exploitation, aidés par un jardinier, un bouvier, un vacher, un valet, un taupier, un ratier, un faucheur, etc. etc. Marie-Antoinette n’oublie pas une balançoire... Le marquis de Bombelles écrit dans son Journal : « Peut-être qu’avec un peu de dépenses de plus, Sa Majesté fût parvenue à effacer à trente lieues à la ronde la livrée de la misère que portent nos vrais hameaux et à bonifier des habitations, refuges de tant d’honnêtes citoyens... » On jase toujours.

Un autre article sur Trianon ici

* Les Tuileries

Le Palais des Tuileries (estampe)

   La reine fait aménager ses appartements au rez-de-chaussée et à l’entresol, à côté de ceux de Louis XVI. Mme Royale et le dauphin sont logés au-dessus. Ainsi, la famille royale jouit d’une intimité qu’elle n’a jamais connue. Mais les jardins restent ouverts au public et les souverains sont forcément épiés. Un salon, une salle de billard et plusieurs antichambres complètent ces appartements. Un certain luxe est encore autorisé. On apporte du mobilier de Versailles. L’Étiquette est relâchée mais la reine doit encore se plier à la cérémonie du lever et du coucher. Le couple royal va chaque jour à la messe dans la chapelle du château. Le mardi et le dimanche, tous deux déjeunent en public et la reine reçoit le mardi, le jeudi et le dimanche.  

* Le Temple

La famille occupe d’abord dans la petite tour le logement du garde des archives, en attendant que soit aménagé des appartements dans la grande tour.

* La Conciergerie

Elle est d’abord incarcérée dans une cellule de 15m2, aux murs couverts d’une vieille toile humide et située au niveau du sol : une étroite fenêtre laisse passer un peu de jour. Elle dispose d’un lit de sangle, d’une table, de deux chaises paillées, d’un fauteuil de « commodités » et d’un bidet. Un paravent la cache aux regards de deux soldats chargés de la surveiller nuit et jour. Après le « complot de l’œillet », on la transfère dans une autre cellule dont on barricade toutes les issues.   

Le complot des œillets ici

Sources : C'était Marie-Antoinette, Evelyne Lever, op. cit.

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