Corinne au Cap Misène

Résumé de l'ouvrage (paru en 1807)

   Un jeune Ecossais, Oswald, lord Nelvil, voyage en Italie. Froid, relativement simple, fier, indifférent à tout et profondément mélancolique, il se lie avec un jeune émigré français, le comte d'Erfeuil, tout son contraire : gai, insouciant, content de lui et très infatué de sa qualité de Français.

   Le lendemain de leur arrivée à Rome, ils assistent à un événement solennel : Corinne, mystérieuse poétesse italienne, est couronnée au Capitole pour sa beauté et son génie. Lord Nelvil s'éprend d'elle, Corinne répond en silence à cet amour. Elle lui propose de lui montrer les beautés de l'Italie, sa campagne, ses monuments, l'art et la littérature. Oswald est ébloui. Mais la supériorité intellectuelle de Corinne et ses sentiments passionnés l'intimident. D'autant que l'indépendance de Corinne choque son puritanisme et que le mystère de son passé l'inquiète.

   Elle lui révèle alors qu'elle est Anglaise, fille de lord Edgermond et de sa première femme, une Italienne. Fut même un temps où lord Edgermond et son vieil ami lord Nelvil (le père d'Oswald) faisaient le projet d'unir leurs enfants. Mais la vivacité de Corinne avait effrayé lord Nelvil qui était mort en souhaitant qu'Oswald épousât Lucile Edgemond, née d'un second mariage de son ami.

   Oswald se souvient en effet de ce souhait importun. Il décide de retourner en Angleterre pour mettre fin à cette situation trouble et préparer l'opinion à son mariage avec Corinne.

   Mais une fois de retour, il est repris par l'influence de la société anglaise, épouse Lucile qui promet d'être une mère de famille parfaite, selon la tradition.

   Corinne s'abstient de troubler le bonheur de sa sœur et meurt de chagrin.

« Féminisme »

   Ce roman présente pour la première fois les revendications « féministes ». Corinne a quitté l'Angleterre pour fuir une société médiocre attachée aux convenances qui la condamnait et la rejetait. En Italie, elle a refusé de se soumettre aux bienséances et conventions sociales, vivant librement sans cacher son amour pour Oswald, suivant sa nature passionnée, chantant les beautés du monde dans ses poèmes. « Il fallait juger Corinne en poète, en artiste, pour lui pardonner le sacrifice de son rang, de sa famille, de son nom, à l'enthousiasme du talent et des beaux-arts. Mais Lord Nelvil croyait que les relations de la vie sociale devaient l'emporter sur tout, et que la première destination des femmes, et même des hommes, n'était pas l'exercice des facultés intellectuelles, mais l'accomplissement des devoirs particuliers de chacun. » (Livre XIII, chapitre III). Corinne est victime à la fois de sa supériorité et de son amour de la liberté.

Cosmopolitisme

   Corinne est en même temps le premier roman international qui ait paru en France. Mme de Staël est foncièrement cosmopolite. Le XVIIIe siècle français l'est également, du moins en théorie mais en fait, il ne sort pas de lui-même et son cosmopolitisme déguise la prétention de réduire toute l'humanité à sa ressemblance (cf. essai de Rivarol sur L'Universalité de la langue française). Mme de Staël est d'origine suisse et, comme telle, apte à comprendre simultanément la France l'Italie et l'Allemagne. Dans cet ouvrage, elle dépeint en toute impartialité les différents types nationaux dont on avait jusque-là dessiné seulement des caricatures : l'Anglais, l'Italien et le Français.

   On peut donc insister sur l'un des grands services qu’elle rend aux Français de son temps : élargir leur horizon intellectuel en les renseignant sur l’étranger, non seulement l’Allemagne (De l'Allemagne), mais aussi l’Italie, où elle fait deux séjours, en 1804-1805 et en 1812-1813.

   Avant elle, peu d’écrits importants ont fait connaître en France l’Italie : le Journal du voyage de Michel de Montaigne en Italie par la Suisse et l’Allemagne en 1580 et 1581 (publié seulement en 1774), les Lettres familières Italie en 1739 et 1749, par le président des Brosses (réunies en volume en 1836 et 1848) et les Lettres sur l’Italie en 1785 de Dupaty (parues en 1788 et 1824).

   Chateaubriand visite bien l’Italie un peu avant elle (il va en Rome en 1803-1804 comme premier secrétaire d’ambassade) mais il ne publie son Voyage en Italie qu’en 1826 (à part quelques fragments parus plus tôt, en particulier la Lettre à M. de Fontanes). Dans Les Martyrs (1809), quelques pages seulement contiennent des descriptions de l’Italie. Stendhal fait aussi à partir de 1802 plusieurs séjours en Italie mais ses Promenades dans Rome ne paraissent qu’en 1829.

   Dans Corinne, Mme de Staël mêle les aventures de son héroïne aux descriptions de ce pays : son amour pour Oswald se double des émotions artistiques ressenties devant paysages et monuments. Le livre IV est consacré à Rome, le livre V aux tombeaux, églises et palais, le livre VI aux mœurs et caractère des Italiens, le livre VII à la littérature italienne, le livre VIII aux statues et tableaux et le livre IX aux fêtes populaires et à la musique.

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